Conférences SAHIV
Marc Bloch, historien médiéviste
par Florian MAZEL
7 mars 2026, 15h (samedi)
Champs Libres
Marc Bloch (1886-1944) : médiéviste et résistant
Marc Bloch naît, en 1886 à Lyon, où son père enseigne à l’Université dans une famille juive alsacienne. Après de brillantes études, il entre à Normal Sup Ulm et obtient l’agrégation d’Histoire en 1908. Il participe de façon remarquable à la première Guerre Mondiale dont il sort avec le grade de capitaine et est nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire en 1920. Il se marie en 1919, le couple donne naissance à 6 enfants.
Nommé en octobre 1920 à l’université de Strasbourg redevenue française, il soutient sa thèse en décembre, Rois et serfs, un chapitre d’histoire capétienne ; elle est publiée la même année. À l’Université de Strasbourg se retrouve un groupe d’enseignants, renommés pour leur qualité scientifique et ayant des échanges stimulants entre eux. Dès 1924, il publie les Rois thaumaturges, où il étudie le miracle des écrouelles, posant les bases d’une histoire des mentalités et ayant recours au comparatisme. Surtout, en 1929, il fonde avec Lucien Febvre la revue Les Annales d’histoire économique et sociale qui sera très féconde et active dans la rénovation de la recherche historique. La revue critique vivement l’histoire historicisante et très profondément politique au bénéfice d’une histoire plus problématisée, d’abord économique et sociale, soucieuse de diversifier ses sources et de recourir au comparatisme. Il donne bientôt deux grandes œuvres : en 1931, Les caractères originaux de l’histoire rurale française, qui met en œuvre ces nouveaux questionnements dans un livre très novateur, et, à la veille de la guerre, il publie sa grande synthèse, La société féodale ; le premier tome en 1939 et le second en janvier 1940 alors qu’il est mobilisé. Il est alors chargé de la chaire d’histoire économique et sociale à la Sorbonne depuis 1936.
Malgré son âge, il s’engage dans la guerre et vit de près l’offensive allemande de mai -juin 1940. La 1ère armée à laquelle il appartient, est stationnée face à la Belgique ; en se repliant, une partie de ses éléments (dont Marc Bloch) se retrouve à Rennes. Bombardée le 17 juin, la ville est occupée le 18 juin 1940. Ne voulant pas être fait prisonnier pour garder sa liberté d’action, il met des vêtements civils et réussit à gagner Guéret, non loin de Fougères (Creuse) où sa famille peut se regrouper (Fougères sera son pseudonyme pour continuer à publier des articles). Il réussit à s’y faire démobiliser le 11 juillet. Il rédige dans des conditions difficiles, Apologie pour l’Histoire et métier d’historien et l’Étrange défaite, une analyse pénétrante des causes de 1940 : carences de l’État-Major et désengagement de larges pans de la société. Les deux paraîtront après la guerre à titre posthume. Après l’armistice de juin 1940, les nazis interdisent à tous les juifs de retourner en zone nord. Il ne peut donc reprendre son poste à la Sorbonne. Il est provisoirement affecté à l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, mais la promulgation du statut des juifs le 3 octobre 1940 par le régime de Vichy rend caduque cette affectation. Toutefois, l’article 8 de ce statut lui permet pour « services scientifiques exceptionnels » d’être réintégré en juin 1941 ; il est alors nommé à l’université de Montpellier, mais l’invasion de la zone sud le 11 novembre 1942 met fin à son parcours universitaire officiel.
À Montpellier, il est naturellement en contact avec François de Menthon et Pierre-Henri Teitgen, professeurs de Droit, fondateurs du mouvement de résistance Liberté. Puis, il rejoint le mouvement Franc-Tireur, intègre le comité directeur et en juillet 1943 prend la tête de ce mouvement pour la région Rhône-Alpes et à ce titre entre dans le directoire régional des MUR (mouvements unis de résistance). Arrêté à Lyon le 8 mars 1944, il est torturé et exécuté par l’occupant à Saint-Didier-de-Formans dans l’Ain, le 16 juin 1944. Remarquable à bien des égards, il reste un grand rénovateur de la recherche historique française et fut l’une des grandes références de ce qui sera appelée l’Ecole française des Annales pendant les 30 Glorieuses.